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Communication & information

Femmes et Presse écrite au Maghreb

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  • État des lieux de la représentation des femmes dans la presse au Maghreb

    La situation socio-économique, politique et culturelle des femmes au Maghreb a connu des changements significatifs durant les dernières décennies. Cependant, les médias au Maghreb n’ont pas su accompagner cette évolution de manière adéquate et les femmes restent confrontées au « plafond de verre » qui empêche leur accès à une meilleure représentation sociale. La plupart des discours médiatiques au Maghreb poussent à la marginalisation des femmes qui restent confinées dans des rôles traditionnels.

    Le cas de la médiatisation des femmes politiques revêt une importance majeure car elle contribue à affirmer et normaliser l’idée du partage du pouvoir et des rôles décisionnels entre les femmes et les hommes. Toutefois, cette médiatisation se révèle déficitaire, ne reflétant pas la participation croissante des femmes à la vie politique. Aussi, la presse focalise rarement son attention sur des questions concernant l’égalité entre les femmes et les hommes et la discrimination basée sur le genre. À quelques exceptions près, la rédaction d’articles sur la question de l’égalité des genres est confiée à des femmes, avec le risque de devenir une sorte de ghetto où les femmes débattent « à huis clos ».

    Quant au sujet de la violence contre les femmes, la récurrence d’épisodes de violence à l’encontre des femmes dans les faits divers des journaux ne signifie nullement un questionnement sur les causes sociales de ces violences. Son traitement de manière adéquate est crucial et cela inclut, entre autres, l’apport des données objectives, d’interviews aux experts/expertes en la matière, la projection de l’information du sujet sur le plan des droits humains et le renvoie aux textes législatifs sur la violation de ces droits au nom de « l'honneur familial » et des « bonnes mœurs ».

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    Les Indicateurs d’égalité des genres pour les médias de l’UNESCO ont pour objectif de mesurer le niveau de sensibilisation à l’égalité des genres d’un média, d'une association ou d'une instance de régulation donnée, dans leurs structures ou dans leurs contenus.



    En Tunisie, selon le rapport national du Projet mondial de monitorage des médias de 2010 (Global Media Monitoring Project, GMMP), le taux de présence féminine, en tant que sujet des actualités, est de l’ordre de 25%, malgré une présence majoritairement féminine parmi les rédacteurs et rédactrices des actualités analysées.

    La participation de la Mauritanie au GMMP permet de constater que les femmes citées dans les articles de presse sont rarement protagonistes. Par ailleurs, elles sont fréquemment identifiées à travers le rapport qui les lie à leurs conjoints.

    Selon une étude du Ministère du Développement social du Maroc réalisée en 2009, 85% des articles de presse représentent des clichés et des stéréotypes sexistes et dressent des portraits de femmes éminemment négatifs.

    La recherche sur La médiatisation de la participation politique de la femme en Algérie, Maroc et Tunisie (CAWTAR) de 2009, fait état d’une sous-représentation des femmes politiquement engagées.

    La Mission d’observation électorale de l’Union Européenne lors de la campagne électorale des élections législatives de 2012 en Algérie conclue que malgré un taux de femmes candidates de l’ordre de 31%, la presse a attribué aux femmes seulement 6% de l’espace réservé aux acteurs politiques.

  • Évolution du traitement des contenus du point de vue de l’égalité des genres

    Le dénominateur commun aux quatre pays analysés est le faible taux de femmes occupant des postes de décision au sein des entreprises de presse. Par ailleurs, cette situation est accentuée en Mauritanie, évidente au Maroc et visiblement atténuée en Tunisie et en Algérie.

    À cela s’ajoute un trait commun à tous les pays du Maghreb : une certaine ghettoïsation des femmes journalistes dans des thèmes, rubriques et genres réputés féminins et dans le travail de bureau, sans possibilités d’aller sur le terrain pour les reportages, l’investigation ou d’autres tâches professionnellement plus valorisantes. Les grands événements tout comme les entretiens avec les protagonistes de l’actualité sont réservés aux journalistes hommes. Une autre caractéristique commune aux quatre pays du Maghreb examinés concerne le lectorat de la presse écrite, qui demeure majoritairement masculin, exception faite des magazines féminins. Les journaux arabophones, qui sont les plus lus au Maghreb, s’adressent, plus que les francophones, à un public essentiellement masculin et les femmes journalistes y sont moins représentes que dans les journaux en langue française.

    Ces caractéristiques influencent le traitement de l’information, notamment le choix des sujets à traiter, les protagonistes des actualités ou encore le langage, et ceci dans un sens peu favorable aux femmes, surtout dans la presse privée, qui est plus « sensible » aux attentes de son lectorat, tandis que la presse publique a plus tendance à transmettre l’écho des politiques officielles, soucieuses de promouvoir une image positive des femmes.

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    Une étude de la Fédération Internationale de Journalistes (FIJ) réalisée en 2010 signale que la presse en Mauritanie n’emploie pas un grand nombre de femmes et elles sont presque absentes dans les postes de décision. Par contre deux sites électroniques sont dirigés par des femmes.

    Le rapport La situation des femmes journalistes au Maroc, de la FIJ (2010), basé sur des données du Ministère de la Communication de Maroc, atteste une présence féminine dans le journalisme marocain, tous médias confondus, de l’ordre de 26%. Une comparaison avec les données de 2005 montre une évolution positive d’environ 3%. Dans le secteur de la presse écrite ce taux est de 25%.

    Selon l’étude Femmes dans les médias algériens, élaboré par la FIJ en 2005 le taux de femmes journalistes occupant des postes permanents est proche de 30%, alors qu’il atteint 60% dans les 10 principaux quotidiens privés, la moyenne se situant autour de 55%. Par contre, il y a une discrimination au plan salarial et une tendance à leur confier des sujets dits « légers ».

    En Tunisie, le paysage médiatique montre une quasi parité quant au nombre de journalistes en exercice (Global Monitoring Media Report 2010). Par contre, il reste beaucoup à faire quant à l’accès des femmes aux postes de décision dans les organismes de presse et les femmes demeurent discriminées dans la couverture des thèmes d’intérêt général.

  • Quelles valeurs diffuse la presse au Maghreb ?

    La réalité féminine dans tous les pays du Maghreb est bien plus riche, diversifiée et mouvante que l’image figée projetée par les médias. L’un des arguments les plus utilisés pour « justifier » la représentation déséquilibrée des genres réside dans le fait que les moyens de communication ne font que refléter les déséquilibres existants dans la société. Cet argument peut être réfuté : au Maghreb comme ailleurs, les femmes représentent environ la moitié de la population, alors qu’elles ne dépassent pas le quart de la représentation dans les articles de presse.

    Plus ou moins consciemment, c’est une idéologie patriarcale qui se manifeste au quotidien à travers les médias de cette région. Elle est tellement enracinée dans les sociétés du Maghreb qu’elle passe inaperçue, comme si les représentations diffusées par les médias étaient la réalité et non pas le reflet d’un miroir déformant. Mais les messages-valeurs qu’elle diffuse présentent des différences selon le pays et le type de publication et parfois une même publication véhicule des valeurs divergentes. Cette ambivalence, d’ailleurs, est un signe de l'absence d’une stratégie sur l’approche du genre et aussi d’une société où coexistent des valeurs dites « progressistes » et « conservatrices ».

    Néanmoins, dans la presse de cette région les efforts ne manquent pas pour promouvoir une image positive des femmes, et cela grâce à un certain engagement des institutions, des organisations de défense des droits humains, notamment des associations féminines, ainsi que des journalistes femmes et hommes sensibilisés à la question.

    Un cas particulier est la presse féminine. Exception faite de la Mauritanie, la presse féminine est très florissante au Maghreb, notamment au Maroc et en Tunisie. Alors qu'à ses débuts elle n'était que l’expression des associations féministes, cette presse a accueilli aussi des pages de mode, beauté, etc. remplaçant en bonne partie les contenus sur l’égalité des femmes.

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    Les médias du secteur public diffusent plus fréquemment des images féminines positives. Dans la presse privée, les logiques sont déterminées, entre autres, par la composition du lectorat. Les magazines féminins, qui conservent dans de nombreux cas un côté militant, introduisent bien plus que les quotidiens généralistes la perspective de genre.

    Deux facteurs semblent décisifs pour encourager l’amélioration de la représentation des femmes dans la presse écrite au Maghreb: d’un côté, la formation des journalistes et un travail de sensibilisation à la question de l’égalité,  de l'autre, l’importance du travail de plaidoyer des associations de défense des droits des femmes.

    Dans la presse féminine, on trouve de grandes différences. Femmes et réalité (Tunisie) se donne pour objectif  « de proposer un regard frais et perçant sur la société et d’aborder les sujets tabous », ainsi que Rebelle (Maroc) qui s’adresse à son public comme suit : «Rebelle ne se consacre qu’aux femmes libres et révoltées, insoumises et indisciplinées ! Si vous êtes en quête de changement et de liberté, alors ce magazine vous est destiné ». Les magazines marocains Lalla Fatima et l’algérien Dziriya utilisent un langage plus modéré.

  • L’égalité et la discrimination basée sur le genre dans la presse au Maghreb : étude de cas

    Les stéréotypes basés sur le genre sont des représentations communes et réductrices qui, dans toutes les cultures, attribuent certaines caractéristiques aux femmes, aux hommes, ainsi qu’aux rapports existants entre eux. Les stéréotypes sexistes sont un objet d’étude crucial en ce qui concerne le discours sur la représentation médiatique des femmes car les médias sont des véhicules de culture et des agents de socialisation très importants. Les médias peuvent contribuer à renforcer les inégalités, en diffusant des stéréotypes sexistes, comme ils peuvent aider à les éradiquer en promouvant des rapports entre les sexes articulés sur l’égalité.

    Les trois moyens les plus courants de propagation des stéréotypes sexistes dans les médias sont : les représentations de femmes en tant qu’objets sexuels, victimes, « servantes » ou personnes ordinaires et des représentations d’hommes en tant que leaders, autorités, experts ou personnes extraordinaires ; la représentation des femmes et des hommes dans leurs milieux « traditionnels », c’est-à-dire la sphère privée pour les femmes et l’espace public pour les hommes ; la créations par des médias eux-mêmes des stéréotypes médiatiques. Un autre aspect à prendre en compte est le manque de visibilité des femmes ou l’absence de référence de genre.

    Par contre, on voit dans les médias des exemples de promotion de la culture de l’égalité. Ces exemples intègrent la mise en cause des stéréotypes sexistes, l’équilibre de genre dans les sources d’information, une attention spécifique aux questions liées à l’égalité des genres et un traitement de l’information avec une approche de genre.

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    Études de cas

    La revue El-Djazaïr du mois d’octobre 2012 est dédiée à une analyse sur l’Algérie. Les articles ne s’intéressent qu’à des hommes sauf exception, placée à la fin, concernant Wahiba Tounmi, lauréate d’un concours international de récitation du Coran. A l’inverse, Le Quotidien d’Oran a publié « Une journée de prévention contre le cancer au sein » (2012) incluant des nombreuses voix de femmes expertes, des données et des recommandations de prévention pour les femmes.

    Le Matin du Maroc a publié « Les jeunes face à l’équation de la prise en charge des parents » (2012) La totalité des cas traités dans l’article concerne des hommes. Les femmes sont représentées, à travers les propos du journaliste et les témoignages des maris, comme des épouses qui supportent difficilement la décision de leurs maris. Par contre, un exemple positif est l’article « Les juges, en colère, protestent » du journal Assabah qui montre également des hommes et des femmes juges.

    Le journal Al Khabar en Mauritanie a publié en 2012 l’article « Le jour de l’Aïd : journée de joie ou de tristesse ». Les affirmations de cet article, loin de s’appuyer sur des données et statistiques, recourent à des témoignages utilisés de façon instrumentale afin de démontrer les effets ruineux des comportements d’achat des femmes mauritaniennes. D’un autre côté, Le Quotidien de Nouakchott a traité en 2012 un sujet sur le parlement en donnant voix et véhiculant l’image des femmes politiciennes.

    L’article « 29e Foire internationale du livre : des après-midis poétiques pour les amoureux des belles lettres » (L’Économiste Maghrébin, Tunisie 2012) cite de nombreuses personnalités ayant assisté à la foire, mais aucune femme. L’impression qui en découle est que la littérature est une question exclusivement réservée aux hommes. A l’inverse, La presse de Tunisie a publié « Démocratie, pluralisme et droits de l’homme. Vers une perspective transculturelle » incluant des sources masculines et féminines et traitant aussi le sujet de l’égalité.

  • Recommandations

    Le point de départ de ces recommandations ne peut commencer qu’avec la Déclaration et la Plateforme d’action de Beijing, résultat de la conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, qui s’est déroulée à Beijing en 1995. La section J de la  plateforme de Beijing est spécifiquement consacrée au secteur des médias, en raison de leur potentiel pour agir en faveur de l’égalité.

    Une des recommandations importantes à la presse est de ne pas véhiculer des stéréotypes sexistes. Pour cela il est nécessaire d’avoir conscience du fait que les stéréotypes sexistes existent et qu’ils participent à entraver l’égalité des genres pour au final renoncer aux visions simplistes et réductrices de la réalité. Un autre aspect à prendre en compte est de ne pas occulter le genre. Pour cela, il est essentiel de balancer les sources d’information en incluant les femmes et inclure la perspective de genre dans les contenus ainsi que dans le langage.

    Accorder de la visibilité aux femmes est crucial pour une information de qualité. Pour y arriver, il est important de donner la voix aux femmes, publier des photos qui incluent des femmes, ne pas traiter les femmes de manière anonyme, promouvoir des articles d’opinion écrits par des femmes, dans toute leur diversité. Pour contribuer à mieux comprendre la société, il est aussi important de traiter des sujets sur l’égalité des genres qui puissent stimuler le débat et la réflexion sur ces thèmes.

    Finalement, un sujet important est le traitement de la violence contre les femmes pour éviter une sorte de condescendance envers le sujet. Pour cela, il est nécessaire d’identifier la violence infligées aux femmes, utiliser un langage précis et dénué de jugement, éviter de ne considérer les femmes qu’en tant que victimes, éviter de les exposer à des abus supplémentaires émanant du traitement de l’information, traiter les survivantes avec respect, utiliser des statistiques, préserver la confidentialité, impliquer des organisations locales spécialisées et fournir des informations utiles.

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    La Déclaration de Beijing affirme qu' « il est temps de mettre un terme à la diffusion d'images négatives et dégradantes de la femme au moyen des différents supports utilisés par les médias. Les organes de presse et de diffusion électronique de la plupart des pays ne donnent pas une représentation équilibrée de la diversité de la vie des femmes et de leur contribution à la société dans un monde en pleine évolution ».

    Dans l’écriture journalistique sensible au genre, un(e) journaliste doit s'interroger et prendre en considération tous les paramètres de son article avant de déterminer sa façon de traiter l'information.

    Préparation.
    Se demander systématiquement s'il n'est pas possible d'impliquer des sources féminines d'information sur toutes les questions, pas seulement sur les problématiques relatives au genre
    S’assurer que les femmes interviewées ne seront pas placées dans une situation stéréotypée (cuisine, garde d’enfants, etc.)

    Ecriture.
    Utiliser un vocabulaire:
    RESPECTUEUX : éviter les idées reçues sur les femmes

    SOUTENU : éviter les expressions populaires sur les femmes

    NEUTRE : éviter de souligner des caractéristiques liées à la féminité

    PRÉCIS : parler d’«électrice », de « citoyenne », de « candidate » pour insister sur la fonction et éviter l’usage générique et répétitif du mot « femme »

Testez vos connaissances

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    • Le « plafond de verre » empêche l’accès des femmes à une meilleure représentation sociale.
    • Les Indicateurs d’égalité des genres pour les médias de l’UNESCO servent à mesurer…
    • Une information de qualité sur la violence contre les femmes doit…
    • Quel est le pays où le taux de femmes journalistes est le plus important ?
    • Le lectorat de la presse écrite demeure majoritairement masculin.
    • Un plus grand nombre de femmes journalistes apporte toujours une perspective de genre dans les contenus.
    • La représentation déséquilibrée des genres dans les médias ne fait que refléter…
    • Est-ce que les revues féminines contribuent à l’égalité des genres ?
    • L’idéologie patriarcale est tellement enracinée qu’elle peut passer inaperçue.
    • Les stéréotypes sexistes dans les médias représentent les femmes en tant que…
    • La mise en cause des stéréotypes sexistes dans les médias est positive pour l’égalité.
    • Lequel des exemples suivants est une bonne pratique journalistique ?
    • Les femmes sont dans leur majorité : consuméristes, victimes ou dépendantes.
    • Lesquels de ces exemples suivent les principes de l’écriture épicène ?
    • Une presse égalitaire doit…

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